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Apprendre à me dire médium : mettre des mots sur l’invisible

8 sept.
6 min de lecture


Il y a des mots que l'on prononce facilement. Et puis il y en a d'autres qui demandent du temps. Beaucoup de temps. Le mot « médium » fait partie de ceux-là pour moi.


Pendant longtemps, j'ai eu du mal à l'utiliser pour parler de moi. Pas parce que je ne vivais rien. Au contraire. Mais parce que mettre ce mot sur mon parcours, c'était accepter de reconnaître quelque chose que je ne pouvais ni mesurer, ni prouver, ni toujours expliquer. Quelque chose d'invisible. D'imperceptible. Quelque chose qui se ressent davantage qu'il ne se démontre.

Et je crois qu'il m'a fallu toutes ces années pour comprendre que la légitimité ne vient pas forcément du fait de tout comprendre. Parfois, elle vient simplement du fait d'oser reconnaître ce que l'on vit.


Petite, je ressentais déjà des choses…

Lorsque je repense à mon enfance, je retrouve quelques souvenirs qui prennent aujourd'hui une autre couleur. Des rêves qui semblaient parfois prémonitoires. Des ressentis très forts face à certaines personnes. À certains animaux. À certains lieux. À certaines ambiances.

Je pouvais ressentir quelque chose sans forcément savoir pourquoi. Mais enfant, je ne me demandais pas si cela relevait de l'intuition, de la sensibilité ou de la médiumnité. Je vivais simplement les choses.


Et puis il y a eu Oradour-sur-Glane.


Oradour-sur-Glane et mes premiers souvenirs de « l'invisible »

Lorsque nous avons emménagé à Oradour-sur-Glane avec mes parents, j'étais encore petite. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ce lieu, Oradour-sur-Glane est un village du Limousin devenu tristement célèbre après le massacre du 10 juin 1944. Ce jour-là, des soldats de la Waffen-SS ont massacré la population du village. Le bourg a ensuite été incendié et ses ruines ont été conservées, devenant un lieu de mémoire du massacre. C'est donc un lieu qui porte une histoire extrêmement lourde. Une histoire de vies brutalement interrompues. De familles. De souffrance. De mémoire.


Et c'est là que mes parents ont commencé à me voir faire quelque chose d'assez particulier. Ils me voyaient régulièrement partir au fond du jardin. Et, selon leurs souvenirs, j'y restais parfois à discuter… avec « l'invisible ».


Aujourd'hui encore, ce souvenir est très lointain. Je ne pourrais pas vous dire exactement ce qui se passait. Je ne sais pas qui je ressentais. Je ne sais pas si je voyais quelque chose, si j'imaginais, si je percevais ou si je communiquais réellement avec quelqu'un. Je n'ai pas les réponses. Et finalement, je crois que c'est important de le dire. Parce que je ne veux pas réécrire mon enfance avec la compréhension que j'ai aujourd'hui. Je sais simplement que mes parents ont été témoins de ces moments. Et que, quelque part, le lien avec l'invisible était peut-être déjà là.


Puis le silence

Pendant plusieurs années, tout cela s'est comme éloigné. Ou peut-être que je l'ai simplement appelé autrement. Je parlais davantage d'intuition forte. De ressentis. De cette capacité à sentir une personne au-delà de ce qu'elle montre.

Au-delà de ses mots. De ses comportements. De son histoire apparente. Je pouvais ressentir quelque chose d'une personne sans forcément savoir comment je le savais.

Je pouvais entrer dans un lieu et percevoir son atmosphère. Sentir qu'un endroit était agréable ou, au contraire, particulièrement lourd. Avec les animaux aussi, cette sensibilité était très présente.

Mais je ne mettais pas encore le mot « médiumnité » dessus. Je n'étais pas prête.


Puis la maladie de ma maman a changé beaucoup de choses

La maladie de ma maman a été un immense tournant dans ma vie. Et comme je l'ai déjà raconté, cette période a ouvert chez moi une profondeur que je ne soupçonnais pas.

Mais ce qui est intéressant lorsque je regarde mon parcours avec du recul, c'est que je constate quelque chose. Chaque année semblait ouvrir une nouvelle étape :


Une exploration plus profonde de moi -> Une libération -> Une guérison -> Et ensuite… Une nouvelle capacité qui remontait à la surface.


Comme si, à chaque fois que je faisais de la place en moi, quelque chose d'autre pouvait émerger. Ce chemin a notamment commencé à se développer à travers le magnétisme. Puis les cartes. Puis les soins énergétiques. Et petit à petit, les perceptions sont devenues plus précises.


Des images, des mots, des histoires qui ne venaient pas de moi

Pendant certaines séances, des images ont commencé à apparaître. Parfois, j'avais la sensation de percevoir des scènes ou des éléments pouvant évoquer des vies antérieures chez les personnes que j'accompagnais.

Parfois, des mots arrivaient. Des informations. Des ressentis. Des images que je ne cherchais pas. Et surtout, que je n'avais pas consciemment décidé d'aller chercher.

Au début, cela peut être assez déstabilisant. Parce qu'une question revient rapidement :

« Est-ce que j'invente ? »

C'est probablement l'une des questions qui m'a accompagnée le plus longtemps. Est-ce mon imagination ? Mon intuition ? Mon inconscient ? Est-ce quelque chose que je ressens réellement ? Est-ce que je projette ? Ou est-ce autre chose ? Et je crois qu'au fil des années, j'ai appris à ne pas forcément chercher une réponse immédiate. À observer. À ressentir. À transmettre ce qui vient avec prudence. Et surtout, à accepter de ne pas tout savoir.


Puis les défunts sont entrés dans mes séances

Petit à petit, mes expériences ont évolué. J'ai commencé à ressentir la présence de défunts pendant certaines séances. Puis ce que je percevais comme des entités.

Et là encore, il m'a fallu du temps. Parce que franchir cette étape, c'était encore une fois mettre un pied dans quelque chose que l'on ne peut pas expliquer simplement (et qui me faisait peur, disons-le).

Certaines personnes sont venues me voir avec des histoires de présences ressenties dans leur maison. Des lieux dans lesquels elles avaient la sensation de ne pas être seules. Des phénomènes qu'elles ne comprenaient pas.

Et, à la demande de certaines d'entre elles, j'ai progressivement commencé à les accompagner dans ce que je percevais comme une communication avec ces présences. Parfois pour leur transmettre un message. Parfois pour leur permettre, si elles le souhaitaient, de se libérer d'un lieu.


Et puis Alphiro est arrivé dans ma vie

Cette année, une nouvelle étape s'est ouverte avec la rencontre de mon guide, Alphiro. Notre communication s'est progressivement développée, notamment à travers l'écriture automatique.

Et cette rencontre est arrivée dans un contexte particulier. Après le décès de mon compagnon de vie depuis 17 ans. Mon chat. Golfy. Sa disparition a ouvert quelque chose en moi. Un espace immense. Une douleur aussi. Et dans cet espace, quelque chose d'autre s'est manifesté.

Aujourd'hui, je ressens Golfy comme une présence protectrice, un compagnon « de l'autre côté », si je peux le dire ainsi, qui m'accompagne d'une certaine manière aux côtés d'Alphiro.


Alors… suis-je médium ?

Pendant longtemps, cette question m'a presque fait peur. Parce que prononcer « je suis médium », c'est accepter de mettre une étiquette sur quelque chose qui, pour moi, reste profondément vivant et en mouvement.

Parce que la médiumnité n'est pas quelque chose que je considère comme acquis. Je l'apprends encore. Je l'explore encore. Je la découvre à travers mes propres étapes de vie. Et surtout, je constate qu'elle évolue avec moi.

Ce que je percevais il y a quelques années n'est pas exactement ce que je perçois aujourd'hui. Les portes ne s'ouvrent pas toutes au même moment. Certaines capacités apparaissent lorsque je suis prête à les accueillir. D'autres se transforment. Certaines disparaissent parfois. Puis reviennent autrement. Comme si ma propre évolution faisait évoluer ma manière de percevoir et de rencontrer en contact avec l'invisible.


Apprendre à faire confiance à ce que l'on ne peut pas voir

Je crois que c'est finalement cela, le plus grand apprentissage de mon parcours. 

Faire confiance à quelque chose que je ne peux pas montrer du doigt.

Quelque chose que je ne peux pas toujours expliquer.

Quelque chose que je ne peux pas prouver à quelqu'un d'autre.

La médiumnité, pour moi, ne se résume donc pas à « voir les morts ». Elle est beaucoup plus vaste que cela. Elle se trouve aussi dans cette capacité à écouter autrement. À ressentir. À percevoir ce qui se trouve derrière les apparences. À accueillir une information qui arrive sans savoir immédiatement d'où elle vient. À entrer en relation avec ce qui ne se voit pas. Et surtout… à apprendre à faire confiance à ce qui se présente, sans chercher à tout contrôler.


Et si la légitimité venait simplement du fait d'oser être soi ?

Aujourd'hui encore, j'apprends à dire :

« Je suis médium. »

Il y a parfois encore une petite hésitation. Parce que ce mot porte tellement d'images, de croyances et de projections. Et pourtant, lorsque je regarde mon parcours dans son ensemble… Je vois cette petite fille au fond du jardin d'Oradour. Je vois cette intuition que je ne savais pas nommer. Je vois le magnétisme. Les cartes. Les soins. Les images. Les mots. Les présences. Les défunts. Et aujourd'hui, Alphiro.

Je vois aussi toutes les étapes de ma vie qui ont contribué à ouvrir, une à une, ces différentes portes. Alors peut-être que je n'ai pas besoin d'attendre d'être totalement sûre. Peut-être que je n'ai pas besoin de tout comprendre. Peut-être que je peux simplement reconnaître ce chemin. Et accepter de dire : oui, la médiumnité fait partie de mon parcours.


Je ne sais pas encore jusqu'où elle me mènera. Je sais simplement qu'elle continue de se révéler à moi. Et que, comme moi, elle évolue. Parce que peut-être que la médiumnité n'est pas une destination. Peut-être que c'est une manière d'apprendre, toute une vie, à écouter ce qui ne se voit pas.


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Mélanie Montmureau

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